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Le terrible massacre du camp de La Courtine

Article RL du 11/08/2017

Le terrible massacre du camp de La Courtine

Le fils d’un ancien soldat russe, habitant de Herserange, raconte la terrible histoire vécue par son père et ses compatriotes durant la Première Guerre mondiale. Et notamment à La Courtine, dans la Creuse.

On appelait notre rue “La Petite Russie. Elle était pleine de Rouges. » Thérèse et Maurice Molodtzoff se sentent bien dans cette rue du 11-Novembre-1918 à Herserange. Lien supplémentaire : l’histoire familiale de Maurice a été lourdement marquée par la Première Guerre mondiale. Son père, Michel, a ainsi vécu un double enfer. D’abord dans la Marne, puis au camp de La Courtine.

Cette dernière expérience, totalement méconnue et souvent passée sous silence en France, a marqué éternellement les Molodtzoff et des dizaines de milliers de Russes et de descendants de Russes.

Envoyés à l’abattoir

Originaire de Kotelnich, au bord d’un affluent de la Volga, Michel Molodtzoff est né en 1894. Au début du conflit, le tsar Nicolas II accepte l’échange proposé par la France : de l’armement moderne contre 40 000 soldats. En janvier 1916, une première vague de 20 000 hommes embarque du port de Daïren en bateau, direction Marseille. Michel Molodtzoff est du voyage. « Ils passent 63 jours sur les mers, au milieu du bétail, car à l’époque il n’y a pas de frigo (les animaux leur servent de nourriture N.D.L.R.) ! Ils sont parqués comme des bêtes, aux côtés d’officiers issus de l’aristocratie, qui leur en font baver. D’ailleurs, l’un d’entre eux n’est jamais arrivé en Provence : il serait tombé “accidentellement” du navire. Je pense qu’à bord, les premiers signes de rébellion apparaissent », explique Maurice qui, avec l’aide d’Eric Molodtzoff, son neveu journaliste à France 3 Lorraine, se replonge dans cette épopée.

Une fois sur le sol français, les Russes sont envoyés, après quelques semaines de formation, directement en première ligne, en Champagne. C’est l’époque de l’offensive Nivelle. Ils font preuve d’une bravoure inouïe, mais se font massacrer les uns après les autres par les Allemands, qui tiennent une position haute du côté de Courcy. Plus de 4 500 militaires et près d’une centaine d’officiers du tsar sont tués en quelques heures. « Mon père s’en sort avec une grave blessure sur l’ensemble de son côté droit, à cause des éclats d’un obus. Il est opéré, puis part en convalescence à Saint-Malo. Mais il va subir les conséquences de La Courtine comme les autres, puisqu’il y sera envoyé ensuite. »

Massacrés par les Français

Les soldats russes commencent à se rebeller contre Nivelle et « ceux qui les envoient à la boucherie ». C’est également l’époque de la révolution dans leur pays d’origine, avec les Soviétiques et les anarchistes en « animateurs ». Ils exigent d’avoir les droits nouveaux obtenus par leurs compatriotes restés en Russie. Ils élisent un soviet et réclament le retour dans la Mère Patrie pour s’engager aux côtés des ouvriers et paysans. Les autorités militaires françaises voient d’un très mauvais œil ces gens qui veulent davantage de liberté. « L’armée décide alors d’isoler les survivants des autres, pour ne pas qu’ils contaminent tout le monde avec leurs idées, en les envoyant dans un village de la Creuse, nommé La Courtine. »

Là-bas, rebelote, ils participent aux travaux agricoles, invitent la population à des pique-niques et à des conférences critiques sur la guerre, au grand dam du gouverneur militaire. Le camp devient autogéré.

Ce scandale doit cesser. Le 16 septembre 1917, le camp de La Courtine est encerclé, puis bombardé. Plusieurs centaines de soldats russes sont massacrés. Les survivants ont alors le choix : retourner au front, ou aller casser des cailloux dans des carrières de l’Est de la France en travail forcé. Michel Molodtzoff prendra la direction de la Haute-Saône (photo ci-dessous), où il redeviendra citoyen russe en France en 1919. Le corps et l’âme meurtris par ce qu’il a vécu ici.

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